Démocratie en chine,le mot sans la chose

Bruno Philip 发表于 2007-11-23 00:00:00

Démocratie,processus démocratique, démocratisation : ces temps-ci, en Chine, hauts responsables, universitaires, intellectuels et journalistes resservent à toutes les sauces les déclinaisons du même concept. Ils révèlent parfois, en creux, la vivacité d’un débat qui agite les entrailles d’un appareil à la proverbiale opacité. Les uns, qui tiennent les commandes, veulent prudemment indiquer la marche à suivre vers la poursuite de l’<<ouverture>> ; d’autres, tenants d’une orthodoxie postmaoïste en décrépitude, s’alarment de la >>dérive capitaliste>> de l’économie et s’offusquent du récent passage d’une loi sur la propriété privée ; d’autres encore, les >>libéraux>>, regrettent le rythme trop lent réformes politiques.
Mais que dire de ce Parti-Etat dont les thuriféraires soutiennent qu’il est en train de changer, ne serait-ce que sous la pression des >>circonstance>> ? Que dire de cette Chine où le Parti communiste semble être plus puissant que jamais ? De ce régime où la mièvrerie des slogans, le paternalisme du pouvoir et la rigidité du système semblent plomber toute réelle évolution en ces temps où ce <<Pays du Milieu>>joue un rôle central ?
Alors que Nicolas Sarkozy va commencer, dimanche 25 novembre, sa première visite en République populaire, ces questions revêtent une acuité particulière si le président français entend démarquer sa politique chinois de celle de son prédécesseur, à propos des droits de l’homme, du respect de la propriété intellectuelle ou des équilibre stratégiques dans un contexte de montée en puissance militaire de la Chine.
A l’exception de vieux réformateurs au rancart et d’une poignée de dissidents non encore embastillés, tout le monde s’accorde plus ou moins, en Chine, pour estimer que le demo cratos n’est pas, ici, synonyme de ce que l’on l’entend en Occident. Démocratie peut-être, mais <<aux caractéristiques chinoises >>, pour reprendre la vulgate en vigueur. De la même manière que le <<socialisme aux caractéristiques chinoises>> est l’expression officielle pour définir un système devenu une sorte de capitalisme sauvage depuis le lancement de la politique de réforme économiques par Deng Xiaoping, il y a presque trente ans, la démocratie, que le pouvoir entend repeindre, dans un avenir indéfini, aux couleurs chinoises, ressemble fort à un avatar d’autorisme adapté la mondialisation. A l’heure où les flux d’information deviennent difficiles à maîtriser, où les campagnes grondent et les écartes de revenus se creusent, le pouvoir comprend qu’il lui faut lâche du lest.
Démocratie, donc. Dans son discours d’ouverture du 17 congrès du PC, en octobre, le secrétaire général du parti.Hu Jintao, a mentionné soixante fois le mot.
En janvier 2007, le premier ministre, Wen jiabao, a déclaré sans ambages, au Forum économique de Davos, que, <<sans réforme politique, la réforme économique n’aboutira pas>>.
Certains déclarations, moins officielles, surprennent. Même si elles restent bien en deçà des joutes audacieuses agitant les milieux intellectuels chinois avant le mouvement de Tiananmen. <<Mettre en croyant que les réforme politique peuvent être laissées de côté pour le moment est faux>>, a récemment déclaré le professeur Wang Guixiu, chargé de l’Ecole central du parti. En septembre, un éditorial de l’hebdomadaire Xue xi shi bao (<<Le temps de l’étude>>), publié par cette même école, estimait qu’une <<économie démocratique a besoin d’un système politique démocratique>>.
En octobre 2006, un livre intitulé La démocratie, c’est une bonne chose, signé par Yu Keping, docteur en science politique, proche des hautes sphères, vantait ainsi les mérites du << pouvoir au peuple>>, se réjouissant que les chinois <<commencent à adhérer à de nouvelle valeurs démocratiques, s’éloignent de la culture politique traditionnelle et se rapprochent de celle du temps de la modernité>>. M. Yu allait même jusqu’à espérer-débat crucial- que, bientôt, <<le parti se séparera de l’Etat et que la loi prévaudra sur le parti>>. Mais attention, prévenait) il, toute réforme politique suppose<< un certain niveau de développement économique>>et, surtout, doit>>s’appuyer sur le cadre politique actuel, au lieu d’en créer un autre>>. En clair, s’il s’agit d’améliorer le << règne par la loi>>-ce qui n’est d’ailleurs pas la même chose que de garantir un Etat de droit–on met en garde tous ceux qui songeraient à mettre en cause le système. La stabilité, notion qui hante l’empire depuis des lustres, est à ce prix.
<<Si la chine se convertit à la démocratie parlementaire pratiquée en Occident, le seul résultat sera que 1,3 milliard de chinois n’auront pas assez à manger. La conséquence sera un grand chaos…>>, assurait au New York Time l’ancien président Jiang Zemin, en 2000.Hu Jintao et son équipe ne semblent pas dire autre chose aujourd’hui.
<<Représentativité citoyenne>>
Le pouvoir a malgré tout besoin de renforcer sa légitimité. Il doit trancher entre les avantages d’une évolution vers une plus grande représentativité et les risques politique représentés, pour le parti unique, par une démocratisation. Pour l’heure, le suffrage universel reste cantonné au village. Les promesses de vote populaire au niveau du canton et du district sont restées lettre morte.
La seule démocratie à l’ordre du jour est le projet de jeter les bases d’un processus électif permettant aux membres du Parti communiste de désigner leurs représentants. Si démocratie il y a, elle sera d’abord interne. En dehors du parti, quelques expériences pilotes visent à renforcer le rôle de la société civile et à démontrer que le pouvoir prend plus en compte les doléances des individus en élargissant la << représentativité citoyenne>>.
Les élections au suffrage universel dans les villages, les avancées du droit dans le domaine juridique ou commercial et l’explosion de l’Internet avaient pu donner à penser à certains que la démocratisation découlerait naturellement de ces évolutions. Ils sont restés sur leur faim. Les élections des maires de village sont parfois truquées ; les candidats sont cooptés par le pouvoir ; la marge de manœuvre des élus est très limitée. En matière de droit, l’objectif est une plus grande efficacité de l’administration, pas la démocratisation. Les blogs prolifèrent sur la Toile, mais Pékin a mis en place la plus grande police de l’Internet du monde.
Le pouvoir pékinois emplois d’autant plus le mot de démocratie que celle-ci n’est qu’une perspective lointaine. Wen jiabao a affirmé que la Chine n’en est qu’au << stable initial du socialisme>>.Cela signifie, en termes marxistes, que si la Chine est en train de changer, elle n’est pas mûre pour la démocratie.
Sauce: Le monde auteur:Bruno Philip
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